Concours de contes Opalivres : 1er prix et prix spécial du jury pour les 6èmes Du Bellay !
Nuits blanches et lumières noires, c'était le thème du concours de contes et de nouvelles organisé par Opalivres.
Les 6èmes Du Bellay se sont lancés dans l'écriture collective d'un conte en s'inspirant d'une des expressions proposées : Nuit blanche, nuit noire, rêve de nuit, nuit de rêve, cauchemar, peur du noir, clair de lune, pleine lune, nuit sans lune, bonne nuit ! C'est ainsi qu'ils ont créé La Frousse, un petit garçon peureux qui ne sait pas encore qu'il est un ogre...
Leur enthousiasme, leurs idées et la qualité de leur travail ont été récompensés ce mercredi 31 mars à l'Hôtel de Ville de Boulogne sur Mer, car non seulement ils obtiennent le 1er Prix dans leur catégorie mais aussi le Prix Spécial du Jury ! De nombreux livres leur ont été offerts et viendront enrichir leur imagination. Un grand bravo à eux tous !
Et voici leur conte :
LA FROUSSE
Il était une fois un jeune garçon qui vivait avec ses parents dans un petit village près d'une forêt. Seule sa mère s'occupait de lui car son père, un homme grand et fort, était souvent absent de la maison, mais il ne savait pas pourquoi.
Ce garçon était petit et intelligent mais il était surtout très peureux, c'est pourquoi à l'école on l'appelait : La Frousse. Ses camarades se moquaient toujours de lui. Ils s'amusaient souvent à lui faire peur pour le voir sursauter. Mais ce qui l'effrayait le plus c'était quand sa mère lui demandait d'aller éteindre le lampadaire qui se trouvait en lisière du bois et qu'il faisait nuit noire : les bruits de la forêt le terrifiaient.
Un soir, sa mère lui demanda à nouveau d'aller éteindre le lampadaire. Il était déjà épouvanté à l'idée d'y aller mais elle insista. Il sortit donc. La nuit était si noire ! Tout à coup, il entendit des bruits étranges. On aurait dit que quelqu'un marchait dans la forêt ! La Frousse sentit son cœur battre de plus en plus fort et, tremblant de peur, il repartit en courant vers la maison sans avoir éteint le lampadaire. Lorsque sa mère le vit rentrer, pâle et en sueur, elle lui demanda ce qu'il avait. Il lui raconta qu'il avait entendu quelqu'un dans la forêt, mais elle ne le crut pas et lui dit : « Ce n'est que ton imagination ! Va éteindre la lumière ! ». Il eut besoin de rassembler tout son courage pour retourner accomplir sa tâche. Il se dépêcha d'atteindre le lampadaire et de l'éteindre. Maintenant, seule la grosse lune rouge éclairait ses pas. Il devait faire attention où il mettait les pieds afin de ne pas tomber sur le chemin du retour. Soudain, il entendit à nouveau les mêmes bruits étranges. Mais cette fois, ils paraissaient beaucoup plus proches ! La Frousse se retourna et c'est là qu'il aperçut une silhouette gigantesque qui se découpait dans le ciel sombre, devant l'immense lune couleur de sang. Il hurla et courut le plus vite possible mais il y avait trop de branches. Il trébucha et s'étala de tout son long sur le chemin. Il sentait que la silhouette se rapprochait de lui. Il ramassa alors une pierre et la jeta de toutes ses forces vers l'ombre qui le suivait. Puis, il se releva, reprit sa fuite, entra dans la maison et claqua la porte derrière lui. Il alla se coucher sans rien raconter à sa mère. De toute façon elle ne l'aurait pas cru...
Une fois dans son lit, il repensa à l'étrange forme qu'il avait vue. Il n'arrivait pas à s'endormir. Il se tortillait, se mettait sur le côté, sur le ventre, sur le dos... Enfin, au bout de quelques heures, il tomba dans le sommeil. C'est alors que son cauchemar commença. Il se trouvait dans un drôle de couloir, et tout au fond, il y avait une porte. Il s'en approcha puis l'ouvrit. Et derrière la porte, il découvrit la forêt. Il n'entendait que le bruit du vent dans les feuillages mais sentait bien que quelqu'un n'était pas loin. Heureusement, ce n'était pas le monstre de la forêt, c'était son père. Mais il était si bizarre : il était beaucoup plus grand et fort que dans ses souvenirs et portait une marque étrange sur le visage. On aurait dit un ogre ! Mort de peur, La Frousse franchit alors la porte dans l'autre sens et se mit à courir jusqu'au bout du long couloir. Lorsqu'il se réveilla, il était en sueur et en larmes. Sa mère lui demanda pourquoi il avait crié et pourquoi il était si rouge. Il lui répondit qu'il avait juste trop chaud.
Le lendemain, il était bien fatigué. Sur le chemin de l'école, il lui semblait toujours entendre des pas derrière lui, mais quand il se retournait, il ne voyait jamais rien. Peut-être que ses camarades essayaient encore de lui faire peur. Lorsqu'il arriva dans la cour de récréation, il vit leurs regards moqueurs. Il en avait assez de passer pour un trouillard ! Il se disait qu'il devait réagir, leur montrer que lui aussi pouvait être courageux. Alors, quand l'un d'eux arriva derrière lui pour le faire sursauter, il se retourna et... le mordit ! C'était la première fois qu'il mordait quelqu'un. La maîtresse, qui l'avait vu faire, le punit et le mit au coin. La Frousse se sentait bizarre, il ne se reconnaissait plus.
Depuis son cauchemar, il attendait avec impatience son père pour lui raconter ses mésaventures. Quelques jours plus tard, celui-ci rentra mais la Frousse eut la peur de sa vie quand il vit sur son visage une marque de coup. C'était la même que celle de son cauchemar ! A ce moment-là, il comprit que son père était bien l'homme de son mauvais rêve. Peut-être même était-ce lui la silhouette dans la forêt ! Le petit garçon se dit alors qu'il devait le suivre pour en être sûr. Quand le lendemain son père repartit, La Frousse le suivit. Pendant des heures ils marchèrent dans la forêt, et d'un coup son père s'arrêta. Il pénétra dans un buisson et disparut. Le garçon s'enfonça à son tour dans le taillis et il reconnut aussitôt les lieux de son cauchemar : la porte, suivie du long couloir. Mais à ce moment-là, son père le sentit, il se retourna et le vit. La Frousse voulut s'enfuir mais son père lui dit de ne pas s'inquiéter : il ne lui ferait pas de mal.
- « Mais, Papa, tu es un ogre ! s'exclama le petit garçon.
- Oui, malheureusement mon fils, répondit le père. C'est pour ça que je me cache dans la forêt, pour ne pas être tenté de manger des enfants.
- Mais alors, si tu es un ogre, ça veut dire que moi aussi j'en suis un ! C'est donc pour ça que j'ai mordu mon camarade à l'école...
- En effet, mais tu apprendras à te contrôler, ce n'est pas si difficile tu verras, le réconforta son père.
- Mais Papa, comment t'es tu fait cette marque sur le visage ?
- Tu ne te souviens pas ? C'est toi qui m'a lancé une pierre l'autre soir. Je voulais juste te dire bonjour, mais je comprends que tu aies eu peur », dit-il en souriant et en embrassant son fils.
Maintenant que La Frousse savait qu'il allait devenir un ogre, il se sentait très courageux, très fort. Il passa la nuit avec son père qui le ramena chez lui au petit matin. A l'école, personne ne se moqua de lui. Ses camarades avaient tous bien trop peur d'être mordus. Pour la première fois ils l'appelèrent même par son vrai prénom : Achille. Il se sentit alors invincible.
Désormais Achille ne faisait plus de cauchemars, et surtout il n'avait plus peur d'aller éteindre le lampadaire. Certains soirs il bavardait même avec son père qui venait lui rendre visite, à l'orée de la sombre forêt.




